Je marche vers la gare avec mon Late Machiatto froid, et tout le monde regarde cette fille avec son gobelet dans la main ; je maudis Sarreguemines et son absence de magasin Strarbucks, et regrette le chocolat chaud à la noisette et sa montagne de mousse crémeuse que nous avons bu le jour où nous sommes aller à Londres. J'ai terriblement faim, mais c'est le Carême, alors je remplis mon estomac de café froid. Dans mon sac, une tablette de chocolat au lait et noix de pécan semble m'appeler ; pour noyer ma culpabilité je me dis qu'elle est issue du commerce équitable.
L'après-midi, je retrouve Loic avec plaisir : sa peau me manque, son odeur, ses cheveux, ses mains que j'aime embrasser, le rire constant dans ses yeux et le creux de son épaule.
18h30, il est déjà l'heure de partir, l'heure de se quitter en sachant qu'on ne se verra pas demain, ni lundi, ni les jours suivants jusqu'à samedi prochain. L'amertume du temps qui passe trop vite.
Une soirée de baby-sitting : une certaine Pauline, 8 mois, et un p'tit Liam, 5 ans. Pauline fait ses dents, et ne veut pas dormir, se met à hurler dès que je l'allonge : je tente péniblement de lui donner de l'advil pour la douleur, mais elle n'apprécie pas et crache tout le médicament...dont la moitié atterri dans mes cheveux, qui sont collants et sentent la fraise. La petite se met à pleurer et à gigoter dans tous les sens, la seringue à médicament est gluante et c'est juste à ce moment là que le livreur de pizza choisit de ses pointer.
"Liam tu veux bien aller ouvrir, je ne peux pas laisser Pauline".
Il ouvre la porte, prend les pizzas ; le livreur lui dit "C'est 13 euros", ce à quoi Liam répond "C'est Noémie qui a les sous, et elle peut pas payer elle s'occupe de ma p'tite soeur".
Exercice difficile : tenir un bébé gigotant et plein de médicament collant qui cherche à attraper la monnaie destinée au livreur et payer celui-ci.
Liam est au lit à 21h30, sans rien dire, après une histoire. Pauline, c'en est une autre, d'histoire : elle se met toujours à hurler dès que je tente de l'allonger. Franck passe prendre les manettes de la Wii, la met dans son lit et décrète qu'elle se calmera toute seule, que je ne dois pas m'inquiéter, dans cinq minutes elle dormira. Quinze minutes plus tard, elle crie et pleure toujours : je vais la chercher, et à peine l'ai-je prise dans mes bras qu'elle s'arrête immédiatement de pleurer. Je décide de la mettre dans son parc, avec son doudou girafe, et pendant une heure je ne l'entends plus.
Petit regard larmoyant, légère plainte en se touchant les joues : mal au dos + fatigue. Je trempe mon doigt dans le Dolodent et lui donne à sucer, pour lui passer sur les gencives. Ensuite, je lui tend le biberon d'eau et elle boit avidement. Re-Dolodent, re-biberon d'eau. Elle se frotte les yeux, je la couche dans son parc en me disant que si elle n'est pas dans son lit, elle ne va pas crier : c'est le cas. Elle attrape la girafe, gigote encore pendant quelque minutes puis s'endort. J'emporte le petit paquet dans la chambre. Victoire.
Car j'ai bien cru ne jamais y arriver, et j'ai envoyé à Loic des messages pleins d'angoisses existentielles sur ma future condition de maman : mauvaise mère en puissance. Finalement je suis plutôt fière de moi.
A 7h30 Liam vient me réveiller, il veut son petit-déjeuner ; je me sors péniblement du canapé. Deux tranches de pain brioché, du beurre et de la confiture de fraise, un yaourt à boire. C'était ça où il mangeait tout la boîte de Kinder. Je me réfugie sous les couvertures et somnole jusqu'à 9h30.
C'est comme ça qu'on comprend que l'idée d'un instinct maternel inné est la plus grosse connerie du monde : c'est un acquis qui n'est jamais total.
J'ai repensé à une anecdote que ma mère m'a racontée : étant bébé je ne voulais jamais dormir, exactement comme la petite Pauline. Ma maman, inquiète par sa première fille qui lui posait des problèmes nocturnes, va chez le pédiatre pour savoir si problème véritable il y a : il lui répond tout simplement "Mais Madame, est-ce que vous dormez, vous, quand vous n'êtes pas fatiguée ?". Confuse, honteuse, elle s'en alla du cabinet : elle me dit plus tard que ça lui fit l'effet d'un électrochoc qui lui permis de considérer la maternité autrement (c'est-à-dire de ne pas accourir tout de suite à chacun de mes pleurs). En regardant Pauline dans son parc, jouant avec sa girafe, je me suis dit exactement la même chose.