Dernière vision

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LYSE :

L'ingrat ! Il trouve enfin mon visage charmant
Et pour me suborner il contrefait l'amant :
Qui hait ma sainte ardeur m'aime dans l'infamie,
Me dédaigne pour femme, et me veut pour amie !
Perfide ! Qu'as-tu dedans mes actions
Qui te dut enhardir à ces prétentions ?
Qui t'as fait m'estimer digne d'être abusée
Et juger mon honneur une conquête aisée ?
J'ai tout pris en riant, mais c'était seulement
Pour ne t'avertir point de mon ressentiment,
Qu'eût produit son éclat que de la défiance ?
Qui cache sa colère, assure sa vengeance,
Et ma feinte douceur, te laissant espérer,
Te jette dans les rets que j'ai su préparer,
Va traître : aime en tous lieux, et partage ton âme,
Choisis qui tu voudras pour maîtresse et pour femme,
Donne à l'une ton c½ur, donne à l'autre ta foi,
Mais ne crois plus tromper Isabelle, ni moi.
|...]
Toutefois qu'as-tu fait qui t'en rende coupable ?
Pour chercher sa fortune est-on si punissable ?
Tu m'aimes mais le bien te fait être inconstant,
Au siècle où nous vivons qui n'en ferait autant ?
Oublions les projets de sa flamme maudite,
Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.
Que de pensers divers en mon c½ur amoureux !
Et que je sens dans l'âme un combat rigoureux !
Perdre qui me chéri ! Épargner qui m'affronte !
Ruiner ce que j'aime ! Aimer qui veut ma honte !
L'amour produira-t-il un si cruel effet ?
L'impudent rira-t-il de l'affront qu'il me fait ?
Mon amour me séduit, et ma haine m'emporte,
L'une peut tout pour moi, l'autre n'est pas moins forte,
N'écoutons plus l'amour pour un tel suborneur,
Et laissons à la haine assurer mon honneur.

L'illusion comique, Corneille, Acte III scène 6.

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# Posté le samedi 16 mai 2009 16:57

Chasse au trésor.

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Suis-je encore la seule à m'émerveiller quand je vois un grand arbre nu sur lequel se sont posés une vingtaine de petits oiseaux noirs, lui donner l'air d'un arbre de Noël complètement naturel, ou d'une de ces magnifiques estampes japonaises ? Lorsque nous sommes enfants notre c½ur est d'or, de cette or qui fait que chaque chose où se pose notre regard devient or elle aussi : un enfant peut changer tout ce qu'il voit en or, comme Midas.

Cet été, Gauthier veut croire que son ½uf à la coque est un ½uf de dragon, et pendant tout le repas il raconte l'histoire de cet ½uf, le mange en dernier, et jusqu'à l'extrême limite veut croire à cette réalité qu'il s'invente : non, il n'a pas mangé lé bébé dragon, il s'est envolé. Pourquoi on l'a pas vu ? Ben ça vole super vite une dragon. C'est ça le pouvoir de l'enfant, l'enfant-roi qui crée toute chose, l'enfant créateur qui réinvente le monde et ne se lasse pas.

Pourquoi notre coeur perd-il son or ? Pourquoi s'éteint-il, pourquoi devient-il de fer et rouille quand nous vieillissons, nous fait devenir amer ? Parce que nous croyons que grandir, c'est arrêter de rêver, c'est arrêter de croire qu'on peut changer le monde.
"Toi tu t'émerveilles encore parce que t'as pas fini de grandir. Moi j'ai fini de grandir Noémie."

Je ne grandirais jamais alors ; je dois avoir un léger syndrome de Peter Pan. Mon c½ur a gardé un bout de son or, et je peux encore transformer ce que je vois : un coucher de soleil, les nuages qui ont la forme de lapins dans le ciel, les prés tellement verts, un chewing-gum gum écrasé qui à la forme d'un c½ur, un caillou troué. Toutes ces choses, ces p'tites choses merdiques, elles me rendent heureuse. C'est incroyable à dire, d'ailleurs je suis sûre que vous ne me croyez pas, vous qui me lisez : "Elle est heureuse pour la journée parce qu'elle a vu un vieux chewing-gum gum écrasé sur le trottoir ? A d'autre !". Et pourtant. Et pourtant.

Je fais le pari de vous faire retrouver votre c½ur d'enfant, de chercher l'or qui est resté au fond de vous et que vous avez soigneusement enterré le jour où vous vous êtes dit qu'il était temps d'être grand.


J'suis pas grande, et j'le s'rais jamais.
Je suis adulte, et pourtant je suis enfant.
"Forte propension à la fantaisie".


Piix : The Inside Out by ahermin sur deviantart.com
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Chasse au trésor.
# Posté le mercredi 15 avril 2009 17:18

*/TEXTE MANQUANT/*

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NON NECESSE ERAT !

A toi qui ne lira jamais ces mots.

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*/TEXTE MANQUANT/*
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# Posté le mardi 07 avril 2009 08:22

Hypotypose.

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Je regarde le monde et une question me vient : qu'est-ce qui a changé ? Il semble comme pacifié.

Le bleu d'une porte, une maison au bord des rails, le rose d'une façade, le chant des oiseaux tué par l'hiver et ressuscité par le Soleil, le lys et l'ivraie germant ensemble dans un chaos poétique.


Rien n'a changé, tout est simplement révélé.
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Hypotypose.
# Posté le jeudi 19 mars 2009 15:42
Modifié le dimanche 29 mars 2009 06:06

Ab integro.

Ab integro.
Je marche vers la gare avec mon Late Machiatto froid, et tout le monde regarde cette fille avec son gobelet dans la main ; je maudis Sarreguemines et son absence de magasin Strarbucks, et regrette le chocolat chaud à la noisette et sa montagne de mousse crémeuse que nous avons bu le jour où nous sommes aller à Londres. J'ai terriblement faim, mais c'est le Carême, alors je remplis mon estomac de café froid. Dans mon sac, une tablette de chocolat au lait et noix de pécan semble m'appeler ; pour noyer ma culpabilité je me dis qu'elle est issue du commerce équitable.

L'après-midi, je retrouve Loic avec plaisir : sa peau me manque, son odeur, ses cheveux, ses mains que j'aime embrasser, le rire constant dans ses yeux et le creux de son épaule.
18h30, il est déjà l'heure de partir, l'heure de se quitter en sachant qu'on ne se verra pas demain, ni lundi, ni les jours suivants jusqu'à samedi prochain. L'amertume du temps qui passe trop vite.

Une soirée de baby-sitting : une certaine Pauline, 8 mois, et un p'tit Liam, 5 ans. Pauline fait ses dents, et ne veut pas dormir, se met à hurler dès que je l'allonge : je tente péniblement de lui donner de l'advil pour la douleur, mais elle n'apprécie pas et crache tout le médicament...dont la moitié atterri dans mes cheveux, qui sont collants et sentent la fraise. La petite se met à pleurer et à gigoter dans tous les sens, la seringue à médicament est gluante et c'est juste à ce moment là que le livreur de pizza choisit de ses pointer.
"Liam tu veux bien aller ouvrir, je ne peux pas laisser Pauline".
Il ouvre la porte, prend les pizzas ; le livreur lui dit "C'est 13 euros", ce à quoi Liam répond "C'est Noémie qui a les sous, et elle peut pas payer elle s'occupe de ma p'tite soeur".
Exercice difficile : tenir un bébé gigotant et plein de médicament collant qui cherche à attraper la monnaie destinée au livreur et payer celui-ci.
Liam est au lit à 21h30, sans rien dire, après une histoire. Pauline, c'en est une autre, d'histoire : elle se met toujours à hurler dès que je tente de l'allonger. Franck passe prendre les manettes de la Wii, la met dans son lit et décrète qu'elle se calmera toute seule, que je ne dois pas m'inquiéter, dans cinq minutes elle dormira. Quinze minutes plus tard, elle crie et pleure toujours : je vais la chercher, et à peine l'ai-je prise dans mes bras qu'elle s'arrête immédiatement de pleurer. Je décide de la mettre dans son parc, avec son doudou girafe, et pendant une heure je ne l'entends plus.
Petit regard larmoyant, légère plainte en se touchant les joues : mal au dos + fatigue. Je trempe mon doigt dans le Dolodent et lui donne à sucer, pour lui passer sur les gencives. Ensuite, je lui tend le biberon d'eau et elle boit avidement. Re-Dolodent, re-biberon d'eau. Elle se frotte les yeux, je la couche dans son parc en me disant que si elle n'est pas dans son lit, elle ne va pas crier : c'est le cas. Elle attrape la girafe, gigote encore pendant quelque minutes puis s'endort. J'emporte le petit paquet dans la chambre. Victoire.

Car j'ai bien cru ne jamais y arriver, et j'ai envoyé à Loic des messages pleins d'angoisses existentielles sur ma future condition de maman : mauvaise mère en puissance. Finalement je suis plutôt fière de moi.

A 7h30 Liam vient me réveiller, il veut son petit-déjeuner ; je me sors péniblement du canapé. Deux tranches de pain brioché, du beurre et de la confiture de fraise, un yaourt à boire. C'était ça où il mangeait tout la boîte de Kinder. Je me réfugie sous les couvertures et somnole jusqu'à 9h30.
C'est comme ça qu'on comprend que l'idée d'un instinct maternel inné est la plus grosse connerie du monde : c'est un acquis qui n'est jamais total.

J'ai repensé à une anecdote que ma mère m'a racontée : étant bébé je ne voulais jamais dormir, exactement comme la petite Pauline. Ma maman, inquiète par sa première fille qui lui posait des problèmes nocturnes, va chez le pédiatre pour savoir si problème véritable il y a : il lui répond tout simplement "Mais Madame, est-ce que vous dormez, vous, quand vous n'êtes pas fatiguée ?". Confuse, honteuse, elle s'en alla du cabinet : elle me dit plus tard que ça lui fit l'effet d'un électrochoc qui lui permis de considérer la maternité autrement (c'est-à-dire de ne pas accourir tout de suite à chacun de mes pleurs). En regardant Pauline dans son parc, jouant avec sa girafe, je me suis dit exactement la même chose.
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# Posté le dimanche 15 mars 2009 11:48
Modifié le lundi 16 mars 2009 16:17