Je cache la peine et la peur, les deux mauvaises s½urs, sous mon manteau, sous mon sourire. Je n'embrasse pas Baptiste en partant, parce que je sais que je vais pleurer : il est heureux, je le laisse être heureux. J'ai retenu difficilement mes larmes pendant le concert ; un seul et unique cristal de tristesse a dévalé le long de ma joue, aussitôt essuyé, arrêté dans sa course aux sanglots. Même Loïc, à côté de moi, n'a rien remarqué : je me suis retournée, j'ai souris et j'ai dit : "Elle est super la chanson !". Et c'était vrai. J'ai l'envie de pleurer constamment au bord des lèvres, comme une nausée d'argent clair. Pourquoi ? Parce que je pars, et que je n'ai pas envie de partir. Ce ne sera pas chez moi. CE NE SERA PAS CHEZ MOI. Et je pleure en écrivant cela, qui ravive toutes mes angoisses. J'ai mal au c½ur, il tape fort dans ma poitrine et dans ma tête j'ai comme un étau de tristesse qui m'empêche de dormir et d'être sereine. Aimer, ses amis, sa famille, son amant, c'est se planter une épée dans le corps, qui passe si près de c½ur que l'en retirer nous tuerait : cette épée, je l'ai ancrée profondément en moi, j'ai pris la garde à deux main et j'ai poussé de toute mes forces pour qu'elle me traverse de part en part, pour qu'elle ne ressorte jamais. Mais je pars, et elle devient lourde, si lourde, elle me souffle : "Loïc te quittera", "Baptiste partira sans te laisser de nouvelles", "Amandine n'aura plus de temps pour toi", "Ève et Joanna seront loin, vous ne vous verrez plus", "tes parents vont faire leurs plans sans toi et quand tu rentreras dans ta maison, ce que tu penses être chez toi, ta s½ur te servira la première en disant : Les invités d'abord". Sur la lame de l'épée était écrit en filigrane : Que celui qui a peur de souffrir n'éprouve pas l'amour, comme celui qui a peur de périr en mer ne prenne pas le bateau. Je ne sais même pas comment cela va se passer. Je ne sais pas, et j'ai peur ; tout est arrivé trop vite. J'ai grandis trop vite et je n'ai plus d'autre choix maintenant que de jeter mes forces dans "Demain", ce demain incertain, pour ne pas traîner le passé comme un boulet à mon pied qui rendrait les choses plus pénibles encore. J'ai acheté deux cadres photo : il y a de la place pour quatre photos dans chacun. Vous y avez déjà pris place : c'est un peu l'avatar de mon c½ur. Ne vous inquiétez pas, je pleurerais en silence dans mon lit, pas beaucoup, juste ce qu'il faut pour ne pas exploser sous la pression des larmes, juste assez pour pouvoir me reprendre et vous écrire, vous écrire souvent, pour vous rappeler que je suis là, dans un coin de votre tête, et j'espère de votre c½ur. Pardonnez-moi déjà, je vous aime trop.
Pix : Books by DelRey sur deviantart.com
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