Hypotypose.

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Je regarde le monde et une question me vient : qu'est-ce qui a changé ? Il semble comme pacifié.

Le bleu d'une porte, une maison au bord des rails, le rose d'une façade, le chant des oiseaux tué par l'hiver et ressuscité par le Soleil, le lys et l'ivraie germant ensemble dans un chaos poétique.


Rien n'a changé, tout est simplement révélé.
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Hypotypose.

# Posté le jeudi 19 mars 2009 15:42

Modifié le dimanche 29 mars 2009 06:06

Ab integro.

Ab integro.
Je marche vers la gare avec mon Late Machiatto froid, et tout le monde regarde cette fille avec son gobelet dans la main ; je maudis Sarreguemines et son absence de magasin Strarbucks, et regrette le chocolat chaud à la noisette et sa montagne de mousse crémeuse que nous avons bu le jour où nous sommes aller à Londres. J'ai terriblement faim, mais c'est le Carême, alors je remplis mon estomac de café froid. Dans mon sac, une tablette de chocolat au lait et noix de pécan semble m'appeler ; pour noyer ma culpabilité je me dis qu'elle est issue du commerce équitable.

L'après-midi, je retrouve Loic avec plaisir : sa peau me manque, son odeur, ses cheveux, ses mains que j'aime embrasser, le rire constant dans ses yeux et le creux de son épaule.
18h30, il est déjà l'heure de partir, l'heure de se quitter en sachant qu'on ne se verra pas demain, ni lundi, ni les jours suivants jusqu'à samedi prochain. L'amertume du temps qui passe trop vite.

Une soirée de baby-sitting : une certaine Pauline, 8 mois, et un p'tit Liam, 5 ans. Pauline fait ses dents, et ne veut pas dormir, se met à hurler dès que je l'allonge : je tente péniblement de lui donner de l'advil pour la douleur, mais elle n'apprécie pas et crache tout le médicament...dont la moitié atterri dans mes cheveux, qui sont collants et sentent la fraise. La petite se met à pleurer et à gigoter dans tous les sens, la seringue à médicament est gluante et c'est juste à ce moment là que le livreur de pizza choisit de ses pointer.
"Liam tu veux bien aller ouvrir, je ne peux pas laisser Pauline".
Il ouvre la porte, prend les pizzas ; le livreur lui dit "C'est 13 euros", ce à quoi Liam répond "C'est Noémie qui a les sous, et elle peut pas payer elle s'occupe de ma p'tite soeur".
Exercice difficile : tenir un bébé gigotant et plein de médicament collant qui cherche à attraper la monnaie destinée au livreur et payer celui-ci.
Liam est au lit à 21h30, sans rien dire, après une histoire. Pauline, c'en est une autre, d'histoire : elle se met toujours à hurler dès que je tente de l'allonger. Franck passe prendre les manettes de la Wii, la met dans son lit et décrète qu'elle se calmera toute seule, que je ne dois pas m'inquiéter, dans cinq minutes elle dormira. Quinze minutes plus tard, elle crie et pleure toujours : je vais la chercher, et à peine l'ai-je prise dans mes bras qu'elle s'arrête immédiatement de pleurer. Je décide de la mettre dans son parc, avec son doudou girafe, et pendant une heure je ne l'entends plus.
Petit regard larmoyant, légère plainte en se touchant les joues : mal au dos + fatigue. Je trempe mon doigt dans le Dolodent et lui donne à sucer, pour lui passer sur les gencives. Ensuite, je lui tend le biberon d'eau et elle boit avidement. Re-Dolodent, re-biberon d'eau. Elle se frotte les yeux, je la couche dans son parc en me disant que si elle n'est pas dans son lit, elle ne va pas crier : c'est le cas. Elle attrape la girafe, gigote encore pendant quelque minutes puis s'endort. J'emporte le petit paquet dans la chambre. Victoire.

Car j'ai bien cru ne jamais y arriver, et j'ai envoyé à Loic des messages pleins d'angoisses existentielles sur ma future condition de maman : mauvaise mère en puissance. Finalement je suis plutôt fière de moi.

A 7h30 Liam vient me réveiller, il veut son petit-déjeuner ; je me sors péniblement du canapé. Deux tranches de pain brioché, du beurre et de la confiture de fraise, un yaourt à boire. C'était ça où il mangeait tout la boîte de Kinder. Je me réfugie sous les couvertures et somnole jusqu'à 9h30.
C'est comme ça qu'on comprend que l'idée d'un instinct maternel inné est la plus grosse connerie du monde : c'est un acquis qui n'est jamais total.

J'ai repensé à une anecdote que ma mère m'a racontée : étant bébé je ne voulais jamais dormir, exactement comme la petite Pauline. Ma maman, inquiète par sa première fille qui lui posait des problèmes nocturnes, va chez le pédiatre pour savoir si problème véritable il y a : il lui répond tout simplement "Mais Madame, est-ce que vous dormez, vous, quand vous n'êtes pas fatiguée ?". Confuse, honteuse, elle s'en alla du cabinet : elle me dit plus tard que ça lui fit l'effet d'un électrochoc qui lui permis de considérer la maternité autrement (c'est-à-dire de ne pas accourir tout de suite à chacun de mes pleurs). En regardant Pauline dans son parc, jouant avec sa girafe, je me suis dit exactement la même chose.
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# Posté le dimanche 15 mars 2009 11:48

Modifié le lundi 16 mars 2009 16:17

Quetzacoalt

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Et si un jour la Terre s'arrête parce que tu m'aimes plus ?
Mon c½ur me fait mal à cette pensée, mal au sens propre : il se sert réellement et ma vue se brouille pendant une seconde.


Piix : Princess by Radago
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Quetzacoalt
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# Posté le mercredi 11 mars 2009 15:35

L'Âge d'or.

L'Âge d'or.
Alors qu'aujourd'hui j'ai frôlé de peu la noyade intérieure à force de refouler mes larmes, que je me sentais réellement malade, que je m'échinais en vain à essayer de couper un lien qui résistait comme le fil de vie d'Héraclès sous le ciseau des Parques, que je me torturais pour ne pas pleurer, rien lâcher, ce soir je me sens étrangement apaisée. J'ai fait tout ce que mon médecin ma dit : comprenez-moi, il a mon bébé en otage.
"Comprenez-moi". Comme si, à part eux deux, quelqu'un pouvait comprendre. Mais la rhétorique affective n'est pas réservée au seul Blaise Pascal. Et toc.

Quoique j'ai zappé les bougies.
Je n'aime pas quand je suis au bain, je ne peux pas sentir la chaleur de la flamme qui s'échappe.

J'ai pleuré pendant les quarante minutes de train qui sépare le point A. du point B., sans honte mais avec pudeur, caché derrière Philosophie Magazine et avec mon IPod sur les oreilles pour n'entendre personne (et aussi pour l'illusion de me dire que si je ne m'entendais pas renifler nul autre de le pourrait).
C'est seulement quand j'ai compris que je ne pourrais pas dire les choses tellement elles semblent bêtes à présent, et combien il serait là que mes larmes ont séché et se sont taries. Les disputes en amitié ne sont pas plus drôles que celles de l'amour.
J'ai l'âme toute entière au conflit, j'ai besoin de tirer sur la corde, de pleurer pour rien, de reprocher aux autres (et en particulier à Loic et à Baptiste, les deux garçons, comme par hasard) de ne pas être comme je le souhaiterais, d'envisager de les laisser là pour enfin comprendre qu'ils ne seraient pas eux s'ils étaient autrement. Pour comprendre que je les aime. De manière différente, et en même temps pas, car c'est bien d'amour qu'il s'agit, mais comme je peux dire que j'aime Amandine, Priscillia, Audrey et Joanna, j'aime Baptiste. Loic, il n'y a que lui que j'aime de cette façon <3.

De la musique dans mon bain, je chante "Soledad" de Pascal Obispo la tête plongée dans l'eau, et "Cargo de nuit" d'Axel Bauer en me savonnant les cheveux. Ringard, vous avez dit ringard ? Ces titres seront toujours musicalement plus riches que n'importe quel morceau de rap. En sortant de l'eau, je danse nue devant ma glace sur "Cocaïne" d'Eric Clapton. Exhibitionniste ! Excusez, je ne montre rien. Pure provocation ? Bof. Juste un fait avéré que j'ai envie de raconter. Parce que je me rends compte profondément de mon bonheur. Parce que j'ai des ami(e)s fidèles et sûr(e)s. Parce qu'ils veulent et auront une place dans ma vie. Parce que j'ai un petit copain du tonnerre. Parce que lui aussi se fait tout doucement une place dans ma vie, dans mon avenir, et que je tiens à ce qu'il y reste. Parce que...tout simplement parce que.

Cascades de fleurs violettes, violons poussant dans les arbres, pêches juteuses et galettes de miel.

# Posté le mardi 03 mars 2009 16:35

Xinran : Chinoises.

Xinran : Chinoises.
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"Un dicton chinois prétend que <<dans chaque famille il y a un livre qu'il vaut mieux ne pas lire à haute voix>>.
Une femme a rompu le silence. Durant huit années, de 1989 à 1997, Xinran a présenté chaque nuit à la radio chinoise une émission au cours de laquelle elle invitait les femmes à parler d'elles-mêmes, sans tabou. Elle a rencontré des centaines d'entre elles. Avec compassion elle les a écoutées se raconter et lui confier leurs secrets enfouis au plus profond d'elles-mêmes.
Épouses de hauts dirigeants du Parti ou paysannes du fin fond de la Chine, elles disent leurs souffrances incroyables : mariages forcés, viols, familles décimées, pauvreté ou folie...Mais elles parlent aussi d'amour. Elles disent aussi comment, en dépit des épreuves, en dépit du chaos politique, elles chérissent et nourrissent ce qui leur reste".


11. LA FILLE DU GÉNÉRAL DU GUOMINDANG
Rencontre avec une femme, aujourd'hui handicapée mentale à cause des traitements qu'on lui a infligée...

"Nous avons échangé quelques mots de bienvenue, puis le docteur Li m'a emmenée voir la femme. Un visage pâle, blême, s'est tourné vers nous quand nous sommes entrés dans la chambre blanche et tranquille.
--Shilin, voici Xinran. Elle est venue pour te voir, a dit le docteur Li.
Shilin est resté muette, et son visage n'a trahi aucune émotion.
--Elle ne réagit à presque rien, mais je pense que néanmoins, nous devons la traiter avec respect. Elle n'est pas née déficiente mentale : elle avait une sensibilité normale et s'exprimait comme vous et moi. (Il a jeté un oeil à sa montre). Hier, des parentes de Shilin ont écouté votre émission et l'une d'elles m'a demandé de prendre rendez-vous avec vous. Je suis de garde maintenant, mais je vous prie de bien vouloir patienter un moment. Elle ne devraient pas tarder.
Je ne m'étais jamais retrouvée seule en présence d'une handicapée mentale auparavant. J'ai essayé d'engager la conversation avec Shilin ; elle a paru m'entendre, mais n'a pas réagi. Comme je ne savais pas comment m'y prendre, j'ai sorti mon bloc-notes et je me suis mise à faire son portrait. Elle est restée totalement immobile, sans prêter attention à ce que je faisais.
Shilin était très belle."

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"Shilin était la fille d'un général du Guomindang, la plus jeune des enfants de la famille. A la différence de ses deux s½urs et de son frère aîné, elle avait grandi dans une atmosphère de sécurité, et on l'avait gâtée. Quand la guerre civile a éclaté en Chine en 1945, son père a été promu au rang de général dans l'armée de Chiang Kai-shek. Contrairement aux communistes, le Guomindang a perdu le soutien des paysans. C'était un désastre, car les paysans représentaient plus de quatre-vingt dix-huit pour cent de la population. En dépit des armes reçues d'Angleterre et des États-Unis, la situation s'est vite détériorée pour le Guomindang. L'armée de Chian Kai-shek, qui comptait plusieurs millions de soldats, a été mise en déroute et forcée de se réfugier à Taïwan. Pendant que le Guomindang fuyait vers l'Est, beaucoup de dirigeants n'ont pu prendre les dispositions nécessaires pour que leurs familles s'échappent à temps. Shilin appartenait à l'un de ces familles."

***

Shilin a alors sept ans : avec sa tante Wang Yue, qui a tout juste vingt ans, elles s'enfuient à Nankin pour échapper aux perquisitions des communistes à Pékin. Wang Yue devient institutrice, et fait passer Shilin pour sa fille. La petite laisse un jour échapper une information sur son père, et la nouvelle remonte jusqu'au gardes rouges : le directeur de l'école les prévient juste à temps pour qu'elles puissent s'enfuir. Où ? Wang Yue ne le sait pas encore. après avoir passé la nuit dehors, elles rencontrent un couple déjà âgé et leur fils : ils leur propose de venir loger avec eux Yangzhou. Wang Yue se fiancera avec leur fils, Guowei, trois ans plus tard. Il est instituteur et emmène Shilin à l'école, pour qu'elle se remette du traumatisme de leur fuite : la petite se révèle intelligente et enjouée. Elle saute une classe, et gagne deux médailles de composition littéraire.

"Le lendemain, alors que Guowei était en train de tracer des couplets sur un papier rouge porte-bonheur pour la journée internationale de l'enfance le 1er juin, une jeune fille est venue en courant le trouver, tout essoufflée :
--Monsieur Wang, venez vite. Les garçons insultent Shilin et elle se dispute avec eux. Elle n'en peut plus, mais nous les filles, on n'ose pas l'aider : les garçons disent que si on s'en mêle, ils nous frapperont !
Guowei à pris en hâte la direction du petit terrain de sports de l'école, et il a entendu les garçons crier à Shilin :
--Hypocrite !
--Bâtarde !
--Les bâtards sont toujours les plus futés !
--Demande à ta mère qui c'est ton père. Un ivrogne qu'elle a trouvé au bord du fossé ?
Guowei s'est élancé, a repoussé de ses poings les garçons faisant cercle autour de Shilin. En la prenant dans ses bras, il a hurlé : <<Qui prétend que Shilin n'a pas de père ? Si l'un de vous ose prononcer encore un mot, il n'ouvrira plus jamais la bouche quand j'en aurais fini avec lui ! Si vous ne me croyez pas, essayez donc !>>
Prenant peur, les petites brutes ont décampé sans demander leur reste. Shilin, blanche comme un linge, de la sueur sur le front et du sang sur la lèvre qu'elle s'était mordue, tremblait dans les bras de Guowei.
De retour à la maison, elle a eu un accès de fièvre ; elle ne cessait de murmurer : <<Je ne suis pas une bâtarde, j'ai une mère et un père>>. Liu Ting et Wang yue l'ont veillée."

La jeune fille s'en remettra : mais déjà, elle se sera plus la Shilin enjouée d'avant.

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"Au début de la Révolution culturelle, comme les relations extra maritales étaient considérées comme un crime <<contre-révolutionnaire>>, les gardes rouges ont traité Wang Yue de criminelle pour avoir eu Shilin avant son mariage. Enceinte de son deuxième enfant, Wang Yue a été victimes de fréquentes condamnations publiques par les gardes rouges. Elle les supportait sans dire un mot. Wang Duo, Liu Ting et Guowei ont ensuite été emprisonnés et interrogés à leur tour, mais ils ont soutenu qu'ils ne savaient rien du passé de Wang Yue et de Shilin. L'un des gardes rouges qui conduisait les interrogatoires musclés était l'adolescent qui avait essayé d'embrasser Shilin et que Guowei avait rossé. Il les a humilié sans pitié, et a battu Guowei si fort que son pied gauche en est resté estropié à vie.
Les gardes rouges ont forcé Shilin à regarder d'une fenêtre pendant qu'ils interrogeaient et torturaient la famille Wang. Ils lui tiraient les cheveux et lui pinçaient les paupières pour la garder éveillée des jours et des nuits d'affilée, pour l'obliger à regarder le pied de Guowei saigner, Wang Yue aggriper son ventre, Wang Duo et Liu Ting trembler de peur, et le minuscule fils de Wang Yue se cacher dans un coin en pleurant. Le visage de Shilin ne trahissait aucune émotion, mais elle transpirait et frissonnait. Au moment où les gardes rouges s'apprêtaient à écraser le pied droit de Guowei avec des bâtons et des gourdins, elle s'était soudain écriée d'une voix haut perchée, inhumaine :
--Ne le frappez pas, ne le frappez pas ! Ce ne sont pas mes parents. Le nom de mon père est Zhang Zhongren, celui de ma mère Wang Xing, ils sont à Taiwan !
Tout le monde s'est tu, choqué, puis la famille Wang s'est jetée contre la fenêtre en criant : <<Ce n'est pas vrai ! Elle est devenue folle, elle ne sait pas ce qu'elle dit !>>
Shilin les a regardés hurler leur démentis, puis elle a éclaté de rire. <<Je ne suis pas une bâtarde, j'ai une mère et un père à moi !>>. Puis de la mousse s'est formée sur sa bouche et elle a perdu connaissance."

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"Shilin avait l'esprit dérangé, mais son état variait : certains jours, elle allait mieux que d'autres. Les gardes rouges l'ont envoyée dans une zone montagneuse du Hubei pour y être <<rééduquée>> par les paysans. elle ne pouvait pas travailler dans les champs à cause de son état mental, et on lui a attribué la travail relativement facile de vachère. Bientôt, les hommes du villages ont commencer à inventer toutes sortes de prétextes pour grimper jusqu'au lointaines pentes herbeuses où Shilin emmenait paître les vaches. ils avaient découvert qu'il suffisait, pour la destabiliser, de poser la question : <<Qui est ton père ?>>
Elle se mettait à rire et à crier comme une folle, puis s'évanouissait. Les hommes profitaient alors de sa confusion pour la violer. Si elle se débattait, ils criaient à plusieurs reprises : <<Qui est ton père, bâtarde ?>> jusqu'à ce que Shilin soit si détraquée qu'elle n'oppose plus de résistance."

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"Au début de 1989, Wang Yue et sa famille ont retrouvé Shilin dans le village du Hubei et ils l'ont emmenée vivre avec eux. Shilin ne les a pas reconnus, et aux aussi ont eu du mal à la reconnaître, après les années qu'elle avait passées à la campagne. Wang Yue l'a emmenée à l'hôpital pour lui faire faire un bilan de santé. Quand elle a pris connaissance des résultats, elle est tombée malade. Le rapport établissait que la poitrine de Shilin portait des traces de morsures, qu'un de ses mamelons avait été arraché et que les lèvres de son vagin étaient déchirées. Le col et le pourtour de l'utérus étaient gravement meurtris, et on en avait extrait une branche cassée. Les médecins n'avaient pu déterminer combien de temps la branche était restée dans son utérus."



Voila comment on traitait (et traite encore) les femmes en Chine. Dans son livre, Xinran parle d'une jeune fille blessée par un tremblement de terre, dans un fossé, que deux soldats ont violé alors qu'elle pouvait à peine bouger et qu'ils étaient censés porter secours aux victimes de la catastrophe, d'une fillette de douze ans qu'on a enlevé dans un village pour la marier de force à un vieillard de soixante ans qui n'avait pas eu de fils : de peur qu'elle s'en aille, il l'attachait avec une chaîne autour de la taille, tellement serrée que la gamine saignait. D'une fille qui se meurtrissait elle-même pour être envoyée à l'hôpital et échapper aux attouchements et aux violences sexuelles de son propre père (violences dont la mère avait connaissance, mais qui n'a rien fait) : elle est morte d'une septicémie en s'infectant elle-même, pour ne pas retourner chez elle.
C'est une vie, ça ?

J'ai envie de vomir.
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# Posté le mardi 17 février 2009 14:14